Le Blog de Nemo

Sortir de la boucle infernale

C'est la première étape. Avant toute chose, il faut prendre conscience qu'on tourne en rond. La boucle d'interaction est toute petite, à tel point qu'on la devine à peine. Elle se cache au milieu du doom scroll. Elle est imperceptible pour qui ne sait la deviner. Mais elle est aussi vicieuse. C'est elle qui injecte la dopamine, par toutes petites doses. Elle cherche à retenir, elle ne donne pas assez pour se faire un high. Elle garde sur le fil, pour qu'on en demande encore, et encore, et encore. Une fois qu'on est dedans, c'est comme ça qu'on consomme. tout est vécu à travers ce rythme de micro actions. Tout s'accélère, tout se raccourci. Les choses perdent plus vite de leur saveur, l'intérêt se raréfie. On n'a plus le temps de rien, puisque tout le temps est accaparé par la course incessante vers le high. Petit bond par petit bond.

Alors il faut en sortir, de cette boucle. Refuser le dictat, d'abord, et puis se déshabituer. Ce n'est pas qu'une question de posture, ni de volonté. Il ne suffit pas d'y croire très fort pour que ça marche. Il faut d'abord bien comprendre de quoi il retourne. Et puis comprendre comment ça agit sur nous. Comprendre qu'on le voulait quand même, et que peut être on le veut encore un peu, inconsciemment. Ce high, il est devenu une partie de nous. Quand tout notre être aurait du se battre pour lui échapper, on lui a couru après et il se rendait insaisissable. Et maintenant qu'on recule, il arrive à la charge avec ses sourires retors. C'est le FOMO, c'est le vertige, l'impression de perdre pied. Le bruit ambiant constant est remplacé par un silence sourd et angoissant. Peut être qu'on devrait y retourner, juste un peu, histoire de calmer l'anxiété ?

Et puis merde. De toute façon si ça m'a pris moins de cinq minutes à écrire, ça ne vaut sans doute pas le coup d'être publié tout de suite. Ces trucs là ça doit maturer avant d'exister vraiment. D'ailleurs même quand j'en écris, si j'hésite une seconde avant de poster ça se termine souvent dans la corbeille. Ce n'est pas comme ça que j'ai envie d'exister au monde. Et si par hasard ça a pris plus que cinq minutes à exister, c'est différent. Mais tellement différent, si vous saviez. Si c'est pour quelqu'un par exemple, ça mérite peut être un message, ou un mail. Si ce n'est pour personne mais que c'est long, ça devrait peut être devenir une note dans mon journal. Et si c'est pour tout le monde, ça devrait être sur mon blog, et repartagé à qui voudra. Tagué, même, pour la postérité.

Si tu ne comprends pas du tout pourquoi je dis tout ça, si tu ne vois pas le problème avec le format, la plateforme, ou que sais-je ... Imagine ceci. Les gens n'avaient pas besoin de voitures. La voiture ne s'est pas développée par nécessité. Les gens qui faisaient des voitures voulaient vendre des voitures. Forcément, ça coute, donc on veut en vendre pour être sûr d'être rentable. Et puis si on peut vendre massivement, plus que de rentrer dans ses coûts, on fait du profit. C'est une fable à deux balles, mais ça a son importance. Pour vendre, on doit convaincre. Quand le besoin est là, ce n'est pas trop dur. Mais quand il n'est pas là, il faut le créer. Changer le paysage, augmenter la vitesse, raccourcir les délais. Pour un peu qu'on rende la chose plus accessible, soudainement tout le monde en veut et c'est gagné.

Bon, ça commence à ressembler à un réquisitoire contre la modernité, et ce n'est pas ce que je veux. J'adore la technologie et ses externalités. Mais il est toujours aussi important de comprendre où on en est, d'où on vient, et où on va. Ces plateformes là, elles ne viennent pas d'un besoin. Elles sont nées parce que quelqu'un a vu la capacité de connexion du web, et a voulu la maximiser. C'est le fruit d'un fantasme d'extrapolation. Pas du tout la consquence d'un besoin. Est-ce que pour autant c'est tout mauvais ? Certainement pas. Les externalités positives qui en découlent sont nombreuses. J'aime toutes les opportunités que ça m'a donné, l'apprentissage qui en a découlé, les rencontres que ça a permi. Mais quand je mets tout dans la balance, le problème persiste. Mais moi ce que j'aime, c'est internet. Pas les plateformes, mais les connexions qu'elles permettent. Pas les posts, les storys, les interactions artificielles, mais les relations qu'elles incarnent.

Alors que faire ? Ralentir. Sortir de la boucle. Penser son soi dans ce système foutraque. Je n'ai pas besoin d'algorithmes, pas besoin d'intelligence artificielle, pas besoin des formats courts qui tournent en boucle et me laissent agard et afamé. J'irai même jusqu'à dire que c'est une drogue acceptée de tous dont je dois désormais me sevrer. Tout un chacun pour s'épanouir a besoin de construire une intimité, une intériorité riche de ce qui abonde. C'est possible de façon moderne, mais ça implique de le construire.